Abelard Pierre

ABÉLARD ou ABAILARD (Pierre), né en 1079 au Pallet, près de Nantes, mort en 1112. Destiné par sa naissance à la carrière des armes , il préféra se consacrer aux luttes de la dialectique qui passionnaient alors les esprits. Dès l’Age de 16 ans, il va d’école en école, défiant et battant élèves et maîtres, à Paris, il se fait disciple de Guillaume de Champeaux, et devient bientôt pour son maître un terrible adversaire. Agé de 22 ans , il lui oppose une école établie d’abord à Melun, à Corbcil, puis à Paris et où afflue la jeunesse de toute l’Europe. C’était le moment de la querelle des réalistes et des nominalisles. Abélard paraît s’être placé entre les deux systèmes, et avoir soutenu que les idées générales ne sont ni de simples mots (flatus vocis), ni des êtres réels et indépendants, mais des conceptions fixes et nécessaires de l’esprit, système intermédiaire qu’on a nommé conceptualisme. Abélard fut distrait de ses goûts philosophiques par sa passion pour Héloïse, nièce du chanoine Fulbert. Il se fit confier l’éducation de la jeune fille, et, bien qu’il eût 39 ans, et elle 17, il lui inspira une vive passion et la séduisit, découverts, ils s’enfuirent en Bretagne. Abélard consentit à épouser secrètement Héloïse, mais l’envoya au monastère d’Argenteuil. Fulbert, irrité, se vengea par une cruelle mutilation. Héloïse prit le voile, et son époux entra dans le cloître de Saint -Denis. Mais bientôt il ouvre une nouvelle école, et, poursuivant l’application de la dialectique à la théologie, il donne un Traité sur la Trinité, qui fut condamné par le concile de Soissons, 1121. Repoussé de Saint-Denis, il se retira près de Nogent-sur-Seine, et se bâtit un ermitage qu’il nomma Paraclet (Consolateur). Une foule de disciples vinrent peupler cette nouvelle Thébaïde. Plus tard le Paraclet devint un couvent dont Héloïse fut l’abbesse. Au monastère de Saint-Gildas, près de Vannes, Abélard ne fut pas plus heureux qu’à Saint-Denis, il y voulut introduire des réformes, qui lui firent de violents ennemis. D’autres malheurs l’attendaient encore : accusé d’hérésie , il soutint au concile de Sens , 1140, devant le roi Louis VII, une lutte fameuse contre St Bernard qui, en portant la question sur le terrain de l’autorité, ferma la bouche au subtil dialecticien. Abélard, condamné par le concile et par le pape Innocent II, fut consolé par l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, qui le réconcilia avec St Bernard , et ses dernières années se passèrent dans les exercices de la piété. Ce qui fait la véritable importance d’Abélard, c’est qu’il commença à proclamer l’indépendance de la philosophie, sans le savoir, il tend à en faire une puissance rivale de la religion, c’était la conséquence inévitable de l’esprit de controverse qu’il voulait introduire dans les questions religieuses, et ce fut ce qui arma St Bernard contre lui. Ses oeuvres ont été publiées à Paris, en 1616, par Fr. d’Ambaise, 1 vol. in-4°. Le 5 e vol. de Martène, Thésaurus novus anecdotorum, contient sa Théologie chrétienne. M. Cousin a publié en 1836 des traités inédits d’Abélard , Dialectica, Sic et non, etc., et, en 1850, le ler vol. d’une édition complète de ses œuvres in-4°. Les lettres d’Héloïse et d’Abélard ont été souvent publiées à part. Les lettres d’Abélard, dans leur sévérité scolaslique, font un contraste choquant avec la passion naïve et touchante de celles d’Héloïse. Ce recueil, devenu populaire au XVIIIe siècle par les vers de Pope et de ses imitateurs français, a été traduit en prose par dom Gervaise , 1723 et 1799, et par M. Oddoul, avec un Essai historique par M. et Mme Guizot, 1837,2 vol., et 1853 en 1 vol.

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