Le singe callitriche

CallitricheLe callitriche vu par les autres auteursimage singe callitriche

Les nombreuses citations que l’on trouve dans les auteurs systématiques feraient naturellement penser que les animaux qui en sont l’objet, ont été vus par un grand nombre d’observateurs, et qu’en réunissant ce que chacun d’eux a rapporté, on aurait, de la nature de ces animaux, une histoire complète. Cependant il n’en est point, à beaucoup près, ainsi: dès qu’on examine ces citations nombreuses et si variées on voit bientôt qu’elles ne sont qu’un luxe d’érudition inutile, que de tous les auteurs dont elles rapportent les noms, il n’y en a qu’un fort petit nombre d’originaux, que les autres sont de simples copistes, et que tout ce qu’on possède sur ces sujets, si complètement traité en apparence, consiste en quelques observations isolées, souvent contradictoires, qui, presque toujours, plongent l’esprit dans une situation plus pénible encore à supporter qu’une entière ignorance. Nous nous élevons avec d’autant plus de force contre ce faste de citation qu’il n’a d’autres effets que d’induire en erreur, d’affaiblir le zèle, et d’empêcher que de véritables richesses ne soient acquises. Tous les naturalistes modernes ont parlé du singe que l’on désigne communément sous le nom de Singe Vert, et auquel Buffon a donné le nom de Callitriche et comme il se trouve dans les îles du Cap-Vert, et dans la partie de l’Afrique qui en est voisine, c’est une des espèces qu’on amène le plus fréquemment en Europe. Cependant il n’en existe encore que trois figures faites d’après des individus vivants, celle d’EDWARDS, qui porte le nom de singe de l’île de Saint-Jacques, et qui représente un très-jeune individu, vu de trois-quarts, grinçant les dents, et par-là tout-à-fait défiguré. Celle de Buffon, (t. XIV, pl. 87.) bien préférable à la précédente, vue de face, et dessinée d’après un Callitriche adulte, enfin celle de Maréchal (Ménagerie du Muséum d’Histoire naturelle) vue également de face, la meilleure de toutes, et représentant un animal entièrement développé.

Le callitriche et le Malbrouk

Le Callitriche a les plus grands rapports avec le Malbrouck, que nous avons décrit dans une de nos précédentes livraisons, ils sont tous deux du même genre: tout ce qui est propre à l’un dans les organes des sens, dans ceux du mouvement, et dans ceux de la génération, est, sans nulle exception. propre à l’autre, et ils ne doivent également que très peu différer par l’intelligence. Aussi je ne rapporterai point ce que j’ai dit avec assez de détails sur ces divers sujets dans l’article du Malbrouck, et je passerai immédiatement aux caractères spécifiques.

Aspect

La couleur du Callitriche, aux parties supérieures du corps, est d’un vert-jaunâtre, comme son nom vulgaire l’indique, et provient de poils couverts d’anneaux jaunes et noirs, sur lesquels le jaune domine, la face externe des jambes est plus grise, le jaune des poils ayant disparu en partie, le dessus de la queue est comme le dessus du corps, mais elle est terminée par un long pinceau de poils jaunes. Les parties inférieures, la face interne des jambes, le dessous de la mâchoire, de la gorge et du cou, sont blanc-jaunâtre, le dessous de la queue est plus grisâtre que le dessus , et les poils qui environnent en arrière les parties de la génération, ceux du dessus des sourcils , et ceux des favoris, sont d’un beau jaune, et ces derniers se dirigent d’avant en arrière, en s’écartant un peu, de sorte que, vus de face, ils forment comme une sorte de fraise. La face, les oreilles et la peau des mains sont tout-à-fait noire. Les oreilles diffèrent de celles du Malbrouck, en ce qu’elles sont moins arrondies et commencent à s’allonger en pointe, elles semblent faire le passage des oreilles de Guenons aux oreilles de Macaques. Comparé au Malbrouck le Callitriche a aussi la face plus allongée, moins arrondie , sans cependant que cette différence paraisse influer en rien sur les qualités de l’entendement.

Comportement

Dans nos ménageries ces singes montrent de la malice et de l’intelligence, mais ni l’un ni l’autre n’ont l’occasion de se développer, et, excepté le peu que rapporte Adanson ( Voy. au Sénégal, pag. 178), on ne connaît rien sur leurs mœurs dans leur état naturel. Ce célèbre voyageur a trouvé ces singes en très grande quantité au Sénégal, ils se tiennent sur les arbres en troupes très nombreuses, et gardent le plus profond silence, même lorsqu’ils sont blessés. Il ne les aperçut d’abord que par les branches que ces animaux lui jetaient, et les coups de fusil ne les effrayaient point, il en tua vingt-trois dans moins d’une heure et dans l’espace de vingt toises. Cependant ils finirent par se cacher derrière les plus grosses branches, ou par s’éloigner, soit en descendant à terre, soit en s’élançant de la cime d’un arbre à la cime d’un autre.

Mâles et Femelles

La Ménagerie du Roi a souvent possédé des Callitriches mâles et je n’ai jamais eu occasion d’en voir de femelles. Buffon rapporte qu’elles ont une menstruation périodique mais il ne dit point si les parties environnantes des organes génitaux étaient susceptibles de se gonfler par l’accumulation du sang, comme il arrive à d’autres guenons, et on ne sait rien sur leur génération.

Caractère

L’individu que j’ai fait représenter était fort beau et assez doux, quoique adulte, il aimait à se faire gratter par les personnes qu’il connaissait, et il cherchait rarement à nuire. Lorsqu’il éprouvait du contentement il faisait entendre un petit grognement particulier assez doux, qu’on pourrait représenter par la syllabe grou, sur l’r de laquelle le son se prolongerait, il ne se mettait point en colère mais celui que M. G. Cuvier décrit dans l’ouvrage que nous avons cité plus haut était très méchant, entrait en fureur, et sa voix avait quelque chose de plus aigu. La taille de notre Callitriche était celle d’un chien de race moyenne.

Mars 1819.

Auteurs: Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier
Extrait de: Histoire naturelle des mammifères tome 1 (1824)
Source: archive.org

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