Le grivet

Singe grivetProche du callitriche et du malbrouk

Ce quadrumane, qui appartient au genre des guenons, a de nombreux rapports spécifiques avec le malbrouck et le callitriche mais le grivet semble faire le passage de l’un à l’autre, et appartiendrait autant à la première qu’à la seconde de ces espèces, si on ne voulait pas l’admettre lui-même comme espèce distincte. J’ai balancé longtemps à lui reconnaître ce caractère, mais j’ai dû m’y déterminer enfin après avoir constaté, sur plusieurs individus mâles et femelles, que les particularités organiques qui les distinguent des deux espèces, dont ils se rapprochent tant, se reproduisaient toujours les mêmes, et elles sont bien plus importantes que celles qu’on serait fondé à regarder comme de simples caractères de variétés. Cet animal ressemble beaucoup au malbrouck par les couleurs générales du pelage, mais il en diffère par les formes de la tête, moins arrondies. Il se distingue du callitriche par sa couleur d’un vert beaucoup plus sombre, le bandeau blanc de ses sourcils, ses favoris blancs, et sa queue grise jusqu’à son extrémité, il lui ressemble, au contraire, par la forme pyramidale de la tête.

Aspect du grivet

Toutes les parties supérieures du corps du grivet, excepté les membres et la queue, sont d’un vert sale qui résulte de poils annelés de gris noirâtre et de jaune livide, les poils des cuisses ont la même structure, mais il y a très peu de jaune, et tous les anneaux sont gris et blancs sur les pattes de devant et de derrière. A la face interne des membres, au ventre, à la poitrine, à la partie antérieure des épaules, au cou, et à la face interne de la queue, il est blanc. Les favoris et un bandeau qui passe sur les sourcils, ont aussi cette couleur, les oreilles, la plante des quatre pieds, et la face, sont d’un noir-violâtre mais le tour des yeux est d’une couleur de chair livide, quelques poils noirs, longs et raides, assez semblables à des soies, naissent sur la crête sourcillère, entre les deux yeux.

Origines

J’ignore d’où cette espèce est originaire, il est vraisemblable qu’elle vient d’Afrique, comme la plupart des autres guenons et elle arrive assez fréquemment en Europe pour qu’on doive supposer qu’elle a déjà été vue par les naturalistes, mais aucun d’eux ne l’a encore décrite, parce qu’elle a été confondue sans doute avec le callitriche, dont elle a la face allongée, et qui était mieux connu que le malbrouk, dont les véritables caractères, pendant bien longtemps, ont été ignorés.

Spécimen étudié

Le Grivet a le naturel des guenons de grande taille. Celui que j’ai fait représenter avait été donné à la ménagerie du roi, sa familiarité commençant à devenir dangereuse. Une femelle à laquelle nous l’avions réuni,  parée qu’elle était faible et maladive, a par contre, toujours conservé sa docilité. Elle avait été élevée avec douceur, et n’avait jamais reçu de son maître que des caresses, aussi, répondant à ce traitement, elle avait acquis une confiance si grande qu’elle en était devenue importune.

Comportement

Nous avons déjà eu plusieurs occasions de faire remarquer, chez les femelles de singes, cette disposition à la confiance, et ce besoin d’affection qu’on ne rencontre que comme une exception chez les mâles, mais c’est sans raison qu’on a dit que ce besoin se manifestait plutôt pour un homme que pour une femme. Ces animaux sont très susceptibles de jalousie ou plutôt d’un sentiment qui a l’apparence extérieure de cette passion, car elle ne peut pas exister chez les animaux avec les mêmes caractères que chez l’homme, mais ils l’expriment indépendamment de tout rapport de sexes. Lorsqu’un singe femelle est attaché à sa maîtresse, il témoigne indifféremment, aux hommes et aux femmes, son espèce de jalousie, et s’il en est quelquefois arrivé autrement, cela a tenu sûrement à des circonstances qui n’ont point été appréciées.

Le nom que j’ai donné à cet animal est celui qu’il avait reçu de son maître, et auquel il répondait. Sa taille et les proportions de toutes les parties de son corps étaient semblables à celles du malbrouck, lesquelles, au reste, sont celles du callitriche.

Juin 1819.

Auteurs: Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier
Extrait de: Histoire naturelle des mammifères tome 1 (1824)
Source: archive.org

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